En ce début d’été djiboutien, notre mission à l’école de la Salle se termine, Djibouti se vide (350 militaires plus leur famille quittent le pays définitivement)), un groupe d’amis nous quitte ..notre caravane se déplace de Djibouti vers Tadjourah…
(« Caravane » est aussi un bulletin diocésain qui vient de paraître)
Mai, juin, voici l’été, été de la chaleur, de l’humidité, des coupures d’électricité, de l’eau.. Les dîners aux bougies sont quotidiens pour nous. Djibouti-ville es tu prête à faire vivre les 70% de la population de ce pays ? la population qui s’est habituée à ces difficultés de fond, souffre .- L’eau , pour combien d’années ? Dans les quartiers, ces odeurs.., quelle hygiène ?.
Mai, Juin, c’est aussi l’été des transitions, des changements de rythme : il n’y a plus d’activités de soutien à l’école, (les enfants restent chez eux l’après-midi) ; la fin d’année scolaire se profile… Pour nous certaines soirées à l’extérieur sont festives, grâce, notamment au groupe chorale Djib’Fana de 50 personnes (nous nous souviendrons d’une super soirée pour remercier les chefs de chœur).
Mai,Juin : Invitations en perspectives.. : 21 mai + 23 mai : pots avec les bénévoles. 23 mai arrivée de J Garin dans le cadre d’ un partenariat avec la ville de Troyes et un projet de formation au Centre d’Apprentissage Cardinj* de Tadjourah pour la climatisation. 29 Mai départ pour Tadjourrah la blanche. 31 mai fête au C.A.C.* reconnaissance de la présence des frères de la Salle depuis 1983. 07-08 Juin Concert Djib’fana, chorale dont nous faisons partie.
4 Juin , 10 juin ,Mariage de Anne(nièce) et Thomas , d’Amandine et Amaury(neveu) on sera de tout cœur près d’eux et de nos familles.
La caravane traverse le désert . C’est le moment de la pause entre 2 missions, et de poser les bonnes questions pour en chercher les bonnes réponses .. Discernement utile qui répond à cette phrase « Elargis l’espace de la tente, déploie sans hésiter la toile de ta demeure, allonge tes cordages, renforce tes piquets » -Isaïe.
Notre vie en monde Musulman ? Nous ne pouvons que constater pour eux la place prépondérante de la prière.. Le muézin veille ; lorsque nous voyons ces hommes, devant Nougaprix (supermarché) , se courber et implorer .. Nous sommes bien loin …. ; Cela oblige à une compréhension mutuelle, qui rappelle notre stage sur le dialogue interculturel : respect, pas de rejet…notre présence est seule nécessaire ! Il est important de le redire : nous avons été et sommes très bien accueillis par ce peuple si différent du nôtre.
La caravane de l’Amitié .Nous savons que la vie paroissiale nous manquera à Tadjourah ! Nous avons vécu des célébrations très priantes et vivantes, et les contacts ont toujours été très simples et chaleureux. Beaucoup de jeunes, et de jeunes familles à toutes les célébrations. Nous avons remarqué que les chrétiens s’impliquaient énormément dans la paroisse. L’entraide est très importante et nous avons été « chouchoutés » !! (retours en voiture le soir, excursions diverses, sans compter les salles de bains mises à notre disposition éventuelle!!!) L’expatriation resserre sans doute les liens, mais ils sont ici particulièrement forts !
A noter également que certaines familles Françaises n’hésitent pas à emmener des Djiboutiens découvrir des îles, se baigner, tout simplement. (Cf photos album découverte)
Cet article clôt notre mission à Djibouti-City ! Nous n’oublierons les parents des élèves, les professeurs, et les enfants du quartier …Nous allons apprécier la fraicheur relative de Tadjourah (2° de moins !!) et la quasi-absence des coupures en tout genre !! Que demander de plus ?
Interview à distance de nos enfants friands de bilans comme Benoît*
Sabine et Benoît* : si vous deviez faire un bilan après 3 mois bientôt passés à Djibouti …que diriez-vous ?
Sabine : Le bilan est largement positif ! L’accueil des Djiboutiens, de la communauté Française, la vie quotidienne à l’école, la découverte d’un autre pays, d’une autre mentalité, de valeurs différentes, dont une très forte solidarité, font que nous nous sentons bien dans nos tongs ! (cf articles du blog pour éviter les répétitions qui feraient penser que nous commençons à radoter vilain !)
Benoît : Ok avec Sabine sur tout- Le contraste est saisissant entre notre société consommatrice, individualiste, et ces communautés imbriquées de la corne de l’Afrique plus solidaires, qui vivent pour beaucoup dans le plus grand délabrement de l’habitat et dans une hygiène de vie insoutenable. Nous avons appris à vivre avec 80000dj soit 320 euros par mois (environ 10 euros/j pour tout)
On sait que vous vous êtes-vous acclimatés, mais tout de même qu’est ce qui vous manque ? y a-t-il des moments difficiles, qu’est ce qui vous pèse le plus ?
Sabine : Ce qui nous manque le plus, c’est bien sûr la famille, les rencontres et évènements familiaux ratés, et puis la nature, l’herbe, les fleurs, et le crachin breton ! On ne dédaignerait pas non plus une coupe de champagne, ni un bon verre de rouge avec un morceau de fromage ! Il n’y a pas eu encore de moment difficile, mais la chaleur devient pesante, car nous transpirons dès le matin, et nos vêtements sont très vite imprégnés d’une odeur désagréable ! Les coupures de courant étant de plus en plus nombreuses, nous n’avons plus alors de ventilation ! Ce n’est que le début, car nous n’allons bientôt plus suer, mais ruisseler ! (Djibouti est le pays le plus chaud du monde). Enfin, je ne m’habituerai jamais à la saleté, et aux odeurs nauséabondes ! Ici, nous sommes particulièrement servis !
Benoît : Ce qui manque c’est de rater des rendez-vous fondateurs (mariages- naissances- réunions familiales)
et dans ce pays d’Afrique : de ne pas comprendre les langues orales des habitants.
- Pour les moments difficiles : je ressens toujours le simple regard et la main qui se tend à l’arrêt des bus par exemple. Mais aussi voir des migrants cheminer sur la route de Tadjourah, qui se retrouvent ensuite 500 par jour à Obock avant de traverser le golfe d’ADEN, en faisant objet de marchandages d’un autre siècle… oui cela trouble ma conscience…
Pouvez-vous évoquer les difficultés rencontrées ? pouvez vous nous raconter 1 anecdote amusante ?
Sabine : Nous avons déjà évoqué les difficultés rencontrées à l’école (absence des enseignants) . Il faut apprendre la patience, car tout se décide au dernier moment .
Une anecdote ? Mercredi dernier j’accompagnai une sortie pédagogique. Nous étions 4 accompagnateurs pour 42 bambins. Une des accompagnatrices nous a faussé compagnie sur les lieux de la visite, pour retrouver son bon ami…et s’est pointée juste pour reprendre le car !En fait, elle a utilisé le car réservé par l’école, gratos !!
Benoît : Je rajouterai que la violence orale et physique présente est difficile à supporter car quotidienne, heureusement les rires des enfants font vite la transition Une anecdote ? c’est l’histoire d’un bus et d’un chauffeur intrus pour une sortie scolaire également .Ce chauffeur se présente en lieu et place de celui qui avait été prévu ; le chauffeur disait faire partie de la société avec laquelle nous avions traité, il avait eu l’information par des enfants…et il a subtilisé le transport (à ma barbe naissante).-Quand j’ai vu le patron de la société, on s’est tiré les cheveux : bus pas au normes…Chauffeur inconnu..Dallas à Djibouti. Ouf,Les ouailles sont revenues…Sinon nous étions à la une des journaux !
Vous partez à Tadjourah le 28 Mai, comment se présente votre nouvelle mission ?
Sabine :Tadjourah est en pleine transformation avec le départ des frères Lassaliens, qui vont être remplacés par Mark, 38 ans, qui sera ordonné prêtre dimanche prochain. Il semble vouloir bouger pas mal de choses existantes, ne souhaite pas de vie communautaire, comme c’était le cas, donc, on ne sait pas trop à quelle sauce on va être mangés. Par ailleurs, les élèves du centre sont de moins en moins nombreux car pas motivés : là encore beaucoup d’incertitudes ! On sait que ce ne sera pas facile !
Benoît : C’est la mission pour laquelle nous avons été envoyés, c’est aussi la feuille blanche à remplir ! .Notre présence se voudra proche des jeunes adultes et nous essaierons de les écouter pour répondre au mieux à leurs attentes dans le domaine professionnel !
A la grâce de Dieu !
« Pour les enfants des rues, pour les indigents » qui ont besoin de
réconfort, des premiers soins , Caritas, situé à coté de la cathédrale de Djibouti, ouvre ses portes.
A l’intérieur de la cour, il y a plusieurs groupes d’hommes et de femmes qui attendent d’être examinés par des sœurs et bénévoles infirmiers qui soignent tout ce qui va de la « bobologie » , aux plaies ..ou blessures plus graves (suite à des coups de rasoirs, coups de couteaux…d’actes de barbaries.. que nous ne voulons pas décrire.). Les cas plus graves sont pris en charge complètement par Caritas qui fait entrer et suit le malade à l’ hôpital..pour être sur qu’il sera soigné.
Ce centre ouvert le matin jusque 11h peut accueillir jusque 70 enfants. Ce matin une quarantaine de jeunes enfants de 6 à 15 ans : Erythréens, Ethiopiens, Somalis , Djiboutiens..sont présents dans une salle en train de visionner une vidéo; lorsque la porte s’ouvre , des yeux apeurés , des mines sombres…image saisissante et poignante de l’errance, de l’enfant sauvage. (cf photos école de la salle)
Ces jeunes, presque jamais les mêmes, sont encadrés par Bruno, animateur depuis plusieurs années , et des bénévoles envoyés par Caritas Italie qui les écoutent et leur donnent le minimum d’éléments de connaissance sur l’hygiène de vie. Bruno est obligé de connaitre chacun et évite les petits voleurs..
Que viennent chercher les enfants ? -du réconfort, une possibilité de dormir un peu, de se laver, une fois par semaine, filles et garçons à tour de rôle, de faire la lessive de leur unique vêtement, de se procurer aussi un peu de nourriture ; Nous assistons à 11h à la distribution: 1 pain+ 1 banane pour aujourd’hui .. avant de repartir en bande et après, chacun essaiera de gagner une petite pièce, en mendiant,ou par un travail (ex: plonge). .
Certains après-midi, les bénévoles organisent des activités sportives et des ateliers d’artisanat, des jeux..
Nous sommes en admiration devant le travail effectué par ces bénévoles qui entourent ces enfants de beaucoup de patience et d’affection. Combien d’enfants arriveront-ils à se sortir de cette condition ?
A 7h20, un tourbillon de poussière envahit le bureau..Les élèves se ruent dans la cour. Et 10mn plus tard, ils sont sensés être dans leur classe après la sonnerie ! Nous gérons les absences, ou retards des enseignants. C’est le grand jeu des chaises musicales…Je remplace au pied levé quand c’est nécessaire, et Benoît règle toutes les paperasses, accueille les parents, les conseillers pédagogiques, les bénévoles…C’est un défilé permanent. Ici, les parents viennent chaque mois régler la scolarité eux-mêmes. Personne n’a de chéquier. Les frais de scolarité s’élèvent à 2000fdj par mois, soit 8 euros. Et il faut sans cesse relancer ceux qui ne paient pas…Certains ne paient quasiment rien..Nous l’avons dit, nous vivons dans un quartier pauvre… Je prends également quelques élèves en difficulté, mais je dois sans cesse courir après les enseignants pour qu’ils me les confient…
La récréation sonne à 9h30..Les instits sont souvent assis sur leur chaise, devant leur classe, et taillent une bavette..Nous jouons les « flics » pour forcer les élèves à ramasser les papiers, séparer ceux qui se battent (certains sont très violents), soigner ceux qui sont blessés. Nous avons bien-sûr fait un rappel des consignes auprès des enseignants. En vain ! On n’est pas en France !!! Reprise à 9h50 et fin des cours à 12h. Là encore, Benoît assure une présence au portail, car certains règlent leurs comptes à l’extérieur. Parents et enfants.. !!
Les enfants sont attachants, mais parfaitement indisciplinés, ils ne sont pas capables de fixer leur attention, ne savent pas rester assis : ils n’ont reçu aucune éducation .Ce sont aussi les pros de la délation !! « Maitresse c’est çui-ci ! ». Nous voyons bien que, sortis de l’école, ils vivent dans la rue…Aussi, inutile de dire qu’ils sont fous de joie de venir à tour de rôle à l’école l’après midi, pour participer aux activités sportives. Celles-ci ont lieu 4 fois par semaine de 16h à 17h30. Aidés de quelques bénévoles, nous proposons du foot, basket, volley, ping-pong, informatique, et un peu de théâtre à quelques élèves en grande difficulté.
Nous consacrons nos temps de liberté à la mise en ordre de l’école (inventaire, classement des dossiers scolaires etc) aux tâches matérielles : courses, lessives (à la main et…nous changeons de tenue tous les jours, vu la poussière) ; nous mettons notre eau en bouteille – il est interdit de rire !-car nous ne pouvons pas boire celle du robinet : notre jerrican de 20l de Zam-Zam (qu’on nous apporte en voiture) file à toute allure ! et il y a le courrier, et la lecture, après le dîner !
A signaler : les courses nous permettent d’échanger avec les habitants du quartier, qui commencent à bien nous situer ! Même les chauffeurs de bus nous ont repérés et nous attendent dès qu’ils nous aperçoivent de loin ! Les passagers veulent toujours nous céder leur place, quand le bus est plein ! On n’a pas encore rencontré d’autres blancs dans les transports en commun !
Le dimanche, nous allons prendre une bière à 18h à l’Association Ethiopienne, c’est la sortie de la semaine !!! avant la messe à 19h. Et le mardi soir, c’est la chorale à 19h30. Dans les 2 cas, nous prenons le bus à l’aller, et sommes ramenés par une âme charitable au retour.
-Nous commençons à recevoir quelques personnes à dîner, avec un menu invariable ! carottes rapées, salade verte et poulet, vache qui rit , banane , et menthe à l’eau !.Nous avons donc pris notre rythme, nous nous plaisons à l’école, et commençons à mieux percevoir la culture Africaine. Nous nous sentons en sécurité et adoptés par la population de notre quartier.
Cela répond à l’objectif fixé par la DCC et par notre Evêque : maintenir une présence catholique dans un pays musulman.
Je pars avec la DCC, première association française d'envoi de
Volontaires de Solidarité Internationale.